- Médiathèque de Villepinte
Radioscopie des souffrances et des espérances de la société contemporaine à travers le quotidien silencieux d'Adel et de sa soeur Yasmine, vivant avec leur mère et leur soeur aînée au milieu des habitants d'un quartier d'Alger au début du XXIe siècle.
Biographie de l'auteur
Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi a fait ses études en Algérie avant de venir à Paris, où elle vit depuis deux ans. Ses nouvelles ont été distinguées par le prix du jeune écrivain francophone de Muret (2006 et 2008) et par le prix du Festival inter-national de la littérature et du livre de jeunesse d'Alger (2008). L'envers des autres est son premier roman.
Un vrai coup de cœur pour le premier roman de cette jeune auteure algérienne. Un instantané polyphonique des désillusions et des espoirs de ces personnages englués dans leurs quotidiens.
C’est sombre, lucide, poétique. A découvrir !
Christelle Merlin - Section adulte
Insouciants amis bacheliers! Vous qui batifolez dans l'hydromel de votre vie bien huilée, laissez-moi vous conter ma descente aux Enfers, question morbidité ça mérite le détour, c'était comme du plomb qu'on m'aurait couler dans la gorge, et je l'avoue franchement : je l'avais mérité...
L'humour absurde de Iegor Gran s'exprimait déjà dans cette première production où le navrant narrateur nous conte sa déchéance physique et morale à cause de la perte de son baccalauréat. Il faut lire les aventures désolipantes de ce héros qui lutte pour préserver son monde fait de rangement administratif et de parties de jambes en l'air. Depuis, Iegor Gran a notamment dénoncé les turpitudes du développement durable à la sauce hypermarché dans l'Ecologie en bas de chez moi. Une écriture qui ne manque pas d'acidité...
Guillaume, section adulte
Que faire quand on habite la petite ville de C*** et que l'on trouve le temps désespérément long ? Margaux, dix-huit ans, est partagée entre les copains, les livres, l'art de la vanne sèche et les soucis vestimentaires. Et ce n'est pas dans sa famille - mère démissionnaire, père absent et soeur frappée de mysticisme et d'acné juvénile - qu'elle trouvera un divertissement à son ennui.
Apparaît alors une solution - temporaire - à son désoeuvrement. Histoire de s'oublier, elle se jette dans les bras de la bonne bourgeoisie d'Avignon, la grande ville toute proche qui, elle, ne l'oubliera pas. Et la payera, cher.
Call-girl de hasard, elle dépense ce qu'elle gagne en s'achetant fanfreluches et accessoires, notamment le Mac sur lequel elle raconte sa lamentable, joyeuse et trop véridique existence. Entre heurs et malheurs, une histoire faite d'amours vénales, et sans joie. Évidemment, cela ne peut que mal finir.
Premier roman de Margaux Guyon (qui n'a que 21 ans) que l'on imagine inspiré de sa propre jeunesse dans une ville de province. L'écriture incisive et crue est réjouissante et permet une plongée dans les bas fonds de cette jeunesse désoeuvrée.
Emma, section jeunesse
Tout commence dans l’alène, immensité déserte, aride et inhospitalière, où se hissent, de loin en loin, les cités mirandiennes. Sur cette terre de notre très lointain futur, la monnaie la plus précieuse est l’eau. Ici, l’humanité n’est plus tourné que vers l’avenir, dans l’attente du Seuil et de l’avènement d’un nouvel être ...
Ce premier volume, de ce qui est destiné à devenir une trilogie*, nous conduit à Samarante. Pour nous faire visiter la cité, trois guides : Triple A est issu des bas-fond, humain pur jus qui rêve d’escalader l’une des six tours de la cité. Oshugan, dernier survivant de la riche lignée des Sémuramat, a bénéficié ici et là d’améliorations biologiques et n’est plus qu’animé par la vengeance. Et Cinabre la transfigurée, pur œuvre de la biogénie, à l’empathie hors norme, est poursuivie par son inquiétante prédestinée.
On se glisse ainsi dans un univers surprenant, où se mêlent peuplades nomades, organisation médiévale, technologies de pointe, manipulations biologiques, armes climatiques, machines intelligentes et super-calculateurs humains.
Les personnages sont âpres et les âmes sombres ; les décors magnifiques sous la plume poétique de Merjagnan, qui sait fait vivre sous ses mots un chemin dans l’alène, un cargo volant ou la sensation des pas sur les pavés.
C’est une balade à nulle autre pareille, où tantôt l’on court, hagard, pour saisir les personnages et leurs desseins, tantôt l’on s’attarde au détour d’une phrase pour s’en délecter du paysage.
Mathilde, section adulte
et pour en savoir plus sur l'auteur, lire également l'interview de Norbert Merjagnan sur le Cafard Cosmique
* La suite : Treis, altitude zéro, est disponible à la médiathèque. Quand au troisième volume, il est encore en cours de rédaction
L'Organisation et Tigre en papier sont les témoignages romancés des frères Rolin, Jean et Olivier, sur leur jeunesse militante, à l'époque où, au sein de la Gauche prolétarienne et sous l'égide du Grand Timonier, ils s'occupaient à maoïser les ouvriers, dans la perspective d'une révolution à la sauce nuoc mâm.
Les acteurs, les scènes, les drames évoqués sont donc les mêmes, ou peu s'en faut, mais l'écriture, le ton, la structure du récit et les points de vue diffèrent.
Jean Rolin joue sur l'écart entre l'univers fantasmatique des militants "marxistes-léninistes" et le réel pour produire un récit distancié, emprunt d'autodérision. De son côté, Olivier Rolin oppose, non sans amertume, la grandeur désormais dérisoire des idéaux et des combats d'une jeunesse habitée par le sens du tragique et de l'histoire à l'existence veule et conformiste des jeunes d'aujourd'hui, dominée par la publicité, la quête du bonheur individuel et la "religion du confort". Autant l'écriture du premier est sobre, le récit linéaire ; autant le verbe du second est acerbe, voire agressif, le fil de la narration interrompu par les flash-back et l'irruption intempestive du présent
Dans les deux cas cependant, pas de nostalgie passéiste ni mortification. Bien au contraire : loin des ruminations sentencieuses des anciens combattants revenus de tout, ces deux beaux récits laissent intact et libre de toute disposition testamentaire le rêve de révolution dont leurs auteurs étaient porteurs.
Bruno, secteur adulte
Roman surprenant où l'on suit le destin d’Adam et de Cynthia, beaux, jeunes, amoureux, dans leur ascension vers le monde des ultra-privilégiés.
Jonathan Dee décrit une succès story qui finit par être dérangeante, décrivant une caste cynique, auto-satisfaite prête à tout pour lutter contre tout ce que qui ne leur ressemble pas et préserver ainsi leurs « privilèges ».
Dominique, section Adulte
Jean-Claude Romand s'est inventé une vie. Pendant dix-huit ans, il s'est fait passer pour ce qu'il n'était pas, un étudiant en médecine brillant devenu chercheur à l'OMS. Sur le point d'être confondu, il a tué sa femme, ses enfants, ses parents et manqué (ou simulé) son suicide. L'Adversaire est son histoire ou plutôt l'archéologie d'un mensonge.
Partagé entre l'horreur et la fascination, et comme pour s'excuser d'une curiosité malsaine, l'auteur s'épanche longuement sur les raisons de son intérêt pour l'affaire. Puis il livre le récit sobre et intelligent d'une catastrophe dont l'explication, nourrie des résultats de l'enquête et d'entretiens avec le meurtrier, ne lève pas toutes les zones d'ombre. Ainsi ces deux mystères : celui du mensonge systématique et sans objet de Romand - en ce sens qu'il n'a pour raison d'être que de "pérenniser l'imposture" ; celui de la crédulité ou du refus de savoir des proches - en premier lieu, sa femme -, si troublant qu'il induit le soupçon d'une complicité dans le mensonge.
La réussite de l'entreprise tient justement dans l'aveu des limites de l'investigation. C'est au prix du renoncement à la tentation de tout rationaliser qu'Emmanuel Carrère parvient à une compréhension fine d'un parcours hors du commun et à réintégrer parmi les hommes Romand que son acte avait mis au ban de l'humanité.
Ce roman social suit deux amies italiennes, Anna et Francesca, 13 et 14 ans, vivant dans des HLM construits en bordure de mer à Piombino en Toscane. Les deux jeunes filles supportent, grâce à leur relation, un contexte social et familial étouffant, marqué par le chômage que provoque le déclin de l'aciérie locale et l'oppression masculine sur les femmes.
Un très fort roman sur le passage de l'enfance à l'adolescence, très rude et sans concession pour nos deux héroïnes, comme si leur environnement social et familial ne leur en laissait pas le choix.
Ca commence par un règlement de comptes au cours duquel un jeune Blanc expédie ad patres un patron peu scrupuleux. Avec un Noir, tueur à gages délicat mais sans état d’âme, il va former un couple de desperados imprévisibles et prêts à tout. Les deux héros ont en commun la susceptibilité à fleur de peau et le pessimisme tranquille de ceux qui se savent perdants de naissance. Dès le début de ce roman noir, violent et syncopé, on sait donc que ça finira mal (c’est la loi du genre).
L’équipée sauvage plonge le lecteur dans l’atmosphère des quartiers chauds des villes nord-américaines des années 1970 et l’univers des « classes dangereuses », dont les plus infâmes représentants conservent toutefois une humanité qui fait défaut aux figures rassurantes de l’Amérique qui gagne. A travers l’évocation du ghetto, c’est la culture populaire afro-américaine qui est mise à l’honneur et passionnément explorée. La musique avant tout, la soul et le funk de James Brown, Curtis Mayfield ou Sly Stone, celle qui imprègne à l’époque les films de la Blaxploitation, dont l’auteur – un amateur, sans aucun doute – a su merveilleusement recréer l’ambiance.
Bruno, section adulte
Dans un monde ayant la fin pour origine, les causes et les effets s'inversent et les événements prennent d'emblée une allure surnaturelle : la gueule de bois précède l'ivresse, les éboueurs distribuent les ordures, les souteneurs rémunèrent les prostituées, les remords se manifestent sous la forme de rêves prémonitoires, les ruptures amoureuses aboutissent au mariage et au restaurant, on est payé par le garçon pour vomir toutes sortes de plats avant de se voir présenter la carte. D'une manière générale, les actes de destruction se métamorphosent en créations spontanées - jusqu'à la barbarie, qui se mue en violence réparatrice.
A mesure que le récit régresse, on mesure l'ampleur du renversement. Ainsi les Russes évacuent-ils Auschwitz pour laisser place aux nazis. Les chambres à gaz deviennent des centres de régénération ; les camps, des lieux où le travail rend vraiment libre ; les médecins SS, des démiurges capables de remodeler les corps suppliciés.
Au-delà de l'artifice d'un écrivain habile, l'inversion de l'ordre du temps ne fait que mieux ressortir comment, dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, se fabrique un nazi et s'engendrent les mécanismes de la servitude volontaire.
Bruno, section adulte
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